Impossible de mourir
La technique ultime
Ok ok, ça fait un moment que tu ne m’as pas vu dans ta messagerie.
Personne n’a gueulé, je vous ai pas tant manqué que ça, ch’uis un poil déçu, j’vais pas te mentir.
Mais voilà, je me suis lancé dans l’écriture de mon second livre sur comment différencier son entreprise et devenir mémorable, ça va s’appeler “Comment devenir une licorne dans un champ de moutons”, puis je travaille à modifier/étendre mon offre, aussi, j’ai l’impression de tourner en rond.
Bref, ch’uis bien occupé, d’où cette absence.
Mais aujourd’hui, je reviens avec un sujet que j’avais promis d’aborder : le plot armor.
En français, on parle d’invulnérabilité du héros, mais je trouve que c’est trop spécifique.
“Plot armor”, je le traduirais par “immunité scénaristique”, parce que ça ne touche pas qu’aux héros.
Quand j’étais gamin, on a vu sortir des films (en général avec Stallone, Schwarzy ou Chuck Norris) dans lesquels le héros passait 1h30 à buter – seul – 600 méchants avec un pistolet 6 coups et un cure-dent.
Il était évidemment protégé par le plot armor.
Mais c’était souvent pour aller sauver sa fille, sa femme, son chien, que sais-je encore. Oui, à l’époque, une femme et un chien avaient à peu près autant d’importance dans ce genre de scénario, j’y suis pour rien 🤷♂️
Mais cette femme ou ce chien, ils ne pouvaient pas non plus mourir ! Parce qu’on était dans la période où le happy ending était obligatoire ! (Ptète qu’un jour je te parlerai du happy ending, c’est fascinant.)
Ceux qui devaient être sauvés étaient donc protégés par le plot armor, même s’ils n’étaient pas des héros. Oui, tout ça pour te dire pourquoi le terme français est mal choisi.
Mais, oui, j’avoue, le héros protégé par une force supérieure, c’est la base. Et quand j’étais gamin, c’était un truc qui me saoulait !
Je rêvais de voir un film où, au moment où le héros cours pour débrancher la bombe qui menace toute la ville… Il se fait renverser par une bagnole. Ou pire, il doute : “Merde, est-ce que cette ville mérite vraiment de survivre ? J’vais plutôt m’éloigner de cette ville et de cette bombe, comme ça au moins, je meurs pas, qu’ils se démerdent”
Ou alors, le héros meurt au bout de 30 minutes, laissant les autres en galère.
Combien de fois j’ai espéré voir le méchant tuer James Bond ?!
Je ne suis pas psychopathe, hein, c’est juste que ça me frustrait un peu de voir des histoires dont on connaissait déjà la fin.
Mais en même temps, dans une histoire, si le héros meurt, il se passe quoi ? L’histoire s’arrête ? Ou alors quelqu’un d’autre devient le héros ?
C’est un truc qui me turlupinait. Puis, j’ai vu Scream.
Scream, premier du nom, c’était un film qui annonçait le retour de Drew Barrymore (la petite fille dans E.T.), enfin, c’est ce qu’on a tous pensé quand on a vu l’affiche et son nom.
Mais elle meurt dans les 10 premières minutes. Et j’avoue, j’ai adoré ça ! J’étais persuadé que Drew allait être l’héroïne du film, c’était la première victime !
Pas vraiment une destruction du plot armor, mais une habile façon de détourner le concept en présentant quelqu’un comme le faux héros…
Mais le summum a été la fin de la première saison de Game of Thrones qui a vu Ned Stark se faire couper la tête. Là encore, on l’a présenté comme étant le héros, ce n’était pas le cas.
Ça a marqué tout le monde, mais ce n’était pas fini ! On a ensuite cru que c’était son fils Robb, le héros.
Il meurt le soir de son mariage dans une scène meurtrière qui aura enfoncé le clou sur cette info qu’on pressentait : dans Game of Thrones, le plot armor, on s’en bat les c… cuillers !
À partir de là, n’importe qui peut mourir ! Et ça a révolutionné le storytelling ! Depuis, d’autres ont suivi la tendance, mais personne n’aura plus jamais l’éclat de Games of Thrones, parce que c'étaient les premiers à le faire de façon aussi flamboyante !
En plus, dans certains cas, le plot armor, c’est chiant !
Ça dépend évidemment des scénaristes, mais je pense systématiquement à la série Gotham qui raconte l’enfance de Bruce Wayne, futur Batman… Je ne sais plus combien de fois les scénaristes mettent des personnages dans une situation où ils “risquent” leur vie…
Mais on sait que Bruce ne va pas mourir, bon sang, il va devenir Batman ! Pareil pour la future Catwoman ou pour le majordome Alfed ! C’est débile de vouloir nous faire penser qu’ils pourraient mourir alors qu’on SAIT que ce ne sera pas le cas !
Au pire, on peut se demander comment ils vont s’en sortir, mais ça fait de très mauvaises scènes.
Bref, je n’aime pas cette série, tu auras compris 😅
Et si je comprends l’intérêt du plot armor, il est parfois bon de s’en affranchir, de façon intelligente, ça peut vraiment donner de la profondeur à un récit !
Avant de terminer, souviens-toi, j’avais proposé un petit concours de nanofictions dans ma dernière newsletter, vous avez été le nombre faramineux de DEUX à participer ! 🤣
Comme à l’école des fans, vous avez tous gagné ! (Et en vrai, elles sont chouettes ! La deuxième est difficile à lire, par contre, mais c’est important.)
Il l’attrapa par le bras, lui marcha violemment sur les pieds et la tira brusquement pour qu’elle obéisse.
Elle répondit simplement :
- C’est ton premier cours de danse ?
Aurélien Chardon
Elle arrive au collège heureuse.
Puis arrive la récré...
Ils recommencent.
Elle garde la tête haute.
Elle rentre chez elle, déprimée.
Elle pleure car elle sait que demain sera pire...
Léa (14 ans)
Bon, et sinon, pour ou contre l’explosion du plot armor ?
Voilà, c’est tout pour moi,
Bisous,
Tom


Et on en parle des personnages qu'on sait d'ores et déjà condamnés dès la première seconde où on les voit apparaître ?
Par exemple, à une époque, quand un groupe de jeunes se retrouvaient dans un chalet en pleine forêt à la merci d'un dangereux psychopathe, tu pouvais être sûr, mais sûr sûr de archi-sûr, que s'il y avait un Noir dans le lot, c'est lui qui y passait en premier ! Sauf si c'était Eddy Murphy (oui je te parle de cette époque-là).
Et des exemples pourris comme ça, il y en a plein. Je suis sûr qu'on est nombreux à les repérer au premier coup d'œil, ces pauvres personnages sacrifiés dès le début pour donner un sens dramatique à l'intrigue.
Et je te rejoins sur Gotham (et d'autres séries "préquel") où les tentatives de suspense autour des personnages principaux sont gâchées par le fait qu'on sait très bien qu'ils seront bien vivants au moins plusieurs décennies plus tard. Tout au plus, cela sert-il à comprendre ce qui a pu les mener là où ils en sont arrivés plus tard.
Toutefois, il y a des préquels qui ont vraiment leur identité propre et qui ne nous baladent pas avec le faux suspens à deux balles précédemment évoqué (de mon point de vue, en tout cas). Je pense par exemple à l'excellente série Caprica qui sert de prélude à ce qui sera plus tard la non moins excellente Battlestar Galactica (qui est sortie plusieurs années auparavant).