Plus c'est petit, meilleur c'est.
J'te la fais courte.
Il y a un format d’écriture que j’aime beaucoup : la nanofiction.
Je ne sais pas si c’est lui qui a inventé le terme, mais j’ai découvert ce format grâce à Patrick Baud. Pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est un homme qui a voix absolument sublime et qui a la chaîne Youtube Axolot.
Il a aussi sorti un recueil de ce qu’il appelle — donc — des nanofictions.
Le principe ?
Des textes courts, TRÈS courts ! Ils sont censés pouvoir être twittés (280 caractères).
Je connaissais déjà la microfiction, qui tourne autour de 1000 mots (environ 5000 caractères), mais la nanofiction rend la tâche encore plus compliquée.
L’idée est donc de faire tenir une minuscule histoire en très peu de mots. Tu t’en doutes, pas la peine de faire de grandes descriptions, il faut aller à l’essentiel.
Un homme frappe à la porte.
- Bonjour ma petite, tu es toute seule ?
- Non, y'a Scrontch.
- C'est ton chien ?
- Non.
L'homme est happé par des tentacules qui l’entrainent dans la maison.
* Scrontch *
- Scrontch ! Vilain ! On saura jamais ce qu'il voulait !
Depuis que j’ai découvert ce format, je me suis amusé à en créer... Un sacré nombre !
Bon, je dois bien te l’avouer, j’ai pas mal triché. 280 caractères pour un bavard comme moi, c’est peine perdue.
Mais je me suis quand obligé à beaucoup limiter le nombre de caractères utilisés.
Il salue un collègue, prend un café à la machine et se dirige vers son studio. Puis il se met dos au fond vert et se retrouve face à Jack.
Il imite méticuleusement tout ce que fait Jack, puis Jack s’en va.
Celui qui joue le reflet de Jack peut prendre une pause en attendant que Jack se retrouve une nouvelle fois devant un des portails vers le véritable monde que les humains appellent encore "miroirs".
Mais l’air de rien, ce travail de réduction du récit est super intéressant !
Déjà, il t’oblige à compter sur l’imaginaire du lecteur, et pour ça, il faut réussir à le stimuler suffisamment pour que les images mentales se créent. Il faut donc bien choisir ses mots et utiliser ceux qui ont le plus d’impact.
Parce que le but du jeu, c’est quand même de surprendre le lecteur, généralement, tu pars d’une situation normale et tu crées un twist qui remet certaines choses en perspective.
Albert avait mal à la tête. Et les gens du dessus - qui copulaient bruyamment - le rendaient fou.
Il attrapa son couteau, sortit de sous le lit de la chambre d'hôtel qu'il squattait depuis une semaine, puis il fit taire le couple qui venait de s'y installer pour sa lune de miel.
Dans ce texte, “les gens du dessus” donne l’impression qu’on parle de ses voisins de l’étage supérieur, ce qui semble normal, voire classique.
Mais la suite de l’histoire fait comprendre qu’il s’agit de gens qui font l’amour dans un lit d’hôtel et qu’Albert est un psychopathe caché dessous depuis une semaine.
On imagine donc un déséquilibré qui squatte des endroits un peu au hasard et on se pose des questions :
- Est-ce qu’Albert les aurait tués s’ils n’avaient pas fait autant de bruit ?
- D’autres clients ont-ils dormi dans cette chambre sans se rendre compte qu’ils n’étaient pas seuls ?
- Regardes-tu toujours sous le lit quand tu dors autre part que chez toi ?
- D’ailleurs, regardes-tu toujours sous ton lit ? 😏
Et puis, les 3 derniers mots… “lune de miel”… c’est tragique. Ok, en principe un couple qui se fait buter en plein ébat, c’est jamais un truc pas sympa. Mais imaginer que c’est le premier jour de leur lune de miel, ça renforce le côté triste de l’histoire.
Ça marche mieux que si c’était un businessman ou un couple de touristes. Mais ce serait encore pire s‘il y avait des enfants, ou un petit chaton.
Ouais, je sais, c’est horrible, mais on hiérarchise vachement les choses tragiques.
Businessman ou couple de touristes ? Dur, c’est vrai.
Enfants ou chaton ?! Non ! Surtout pas !
C’est chelou, hein ? Mais c’est comme ça. Donc l’idée, c’est d’utiliser des éléments qui marchent et qui marquent.
- Papa, on est bientôt arrivés ?
- Non.
- Et là ?
- Non.
- Papa, pourquoi tu arrêtes la voiture ?
- Parce que j’ai pas la force d’y aller…
- Pourquoi ? Où on va ?
- À ton enterrement, Timmy.
Vous ne le connaissez pas, cet enfant, pourtant, vous avez de la peine pour lui, qui est mort, et pour son père, qui vit le deuil de son fils en l’imaginant avec lui.
D’ailleurs, à la base, dans ce texte, il n’y avait pas le prénom de l’enfant, mais je l’ai ajouté pour te demander ton avis…
Est-ce que ça rend la chose plus tragique en lui donnant un nom ou en le laissant anonyme ?
Moi, j’en sais rien, j’ai l’impression que plus on en sait sur quelqu’un plus on a de la peine pour lui, mais va savoir.
Allez, une dernière pour la route :
Comment se faire un nouvel ami ?
- Fermez les yeux et imaginez votre ami idéal, ne négligez rien, vous devez imaginer tous les détails.
- Une fois que c'est fait, serrez les poings le plus fort possible et dites son nom.
- Félicitations, votre nouvel ami a été créé ! Il est là, caché quelque part, chez vous.
- Priez pour qu'il ne vous fasse pas souffrir trop longtemps quand il vous aura attrapé.
Voilà, que penses-tu des nanofictions ? Tu aimes ce genre de format ?
Tiens, ça me donne envie de te faire participer !
Je te propose d’écrire une nanofiction et de me l’envoyer !
Je partagerai celle (ou celles) que je préfère dans la prochaine newsletter !
Ça te dit ? Je te laisse m’envoyer ça, pas de thème particulier, pas obligé d’être gore ou triste, juste surprenant ! On va se laisser une petite semaine pour m’envoyer ça, alors ne tarde pas ! 😉
J’espère en recevoir plein, alors vas-y, balance-moi ta meilleure nanofiction !
Bisous,
Tom

